Isabelle Vuistiner-Zuber  - cabinet de santé Equilibre

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Bienveillance, tolérance, intégrité

January 25, 2018

C’était ma chérie, mon bibi, enfin ma meilleure amie. Vous savez comment sont les filles à l’adolescence. Oui, si vous êtes parents d’une fille, vous savez. A cet âge-là, la meilleure amie, c’est celle qui est à la source de sentiments exaltants, proches de l’élan amoureux.

 

On s’échangeait donc des photos, on s’écrivait des mots doux, de grandes déclarations d’amitié, avec des coeurs sur les « i » de nos prénoms, on se tenait parfois par la main en marchant. On était copines depuis la 4ème primaire.

 

C’était la rentrée et on avait 15 ans. C’est par un coup de fil qui me donne encore des frissons que j’ai appris le décès de son papa. Et c’est avec mon amie dans les bras, qui s’agrippait à moi comme on se tient à une souche, pour ne pas couler, que j’ai appris de sa bouche les circonstances du drame.

 

Son père avait un poste à responsabilités et travaillait à la commune. Il lui était arrivé de prendre de l’argent dans la caisse le vendredi pour l’y replacer, dans son intégrité, le lundi qui suivait, à une époque où les bancomats n’existaient pas. Quelqu’un l’avait su, l’avait dénoncé et depuis, alors qu’il n’était pas du « bon » parti, pas du parti majoritaire donc, à la commune, plus personne ne lui adressait la parole sans y être obligé. On l’ignorait délibérément et avec mépris. Une année de ce traitement-là lui a brisé le cœur, littéralement. Le père de mon amie a fait un arrêt cardiaque l’été suivant et, à moi, voir ma chérie souffrir autant a brisé le mien.

 

C’est depuis lors, je crois, que je ne supporte plus les jugements à l’emporte-pièce, la méchanceté, l’hypocrisie, tout ce qui fait primer les conventions sur une vraie honnêteté. Tout ça pour ça. Une  famille brisée. Pas pour du vol mais pour une violation du règlement.

 

J’ai toujours eu de la peine avec la notion de clan et de loyauté parce que ces notions-là s’apparentent, pour moi, à ce qu’il y a de plus basique dans le règne animal et je n’y trouve rien de noble ou de spécifiquement humain. Se mettre ensemble pour se sentir plus forts et se défendre face à ce qui pourrait être un danger, le fait d’être en clan impliquant que ce qui est inconnu au clan est le danger. Tous les partis politiques nationalistes font leur beurre de cette idée-là.

 

Le décès du père de ma meilleure amie, l’année de nos 15 ans, m’a rendue allergique à tout ce qui s’apparente à l’injustice, m’a enseigné à ne pas juger sur des on-dit et éveillée à la tolérance. C’est devenu un des éléments fondateurs de ma personnalité.

 

On a tous, ainsi, des événements-clés qui deviennent les jalons de notre route. Connaître et intégrer sa biographie et celle des autres à notre action, qu’elle soit professionnelle, sociale, institutionnelle, c’est ce que promeut la formation de recueilleuse de récits de vie, enseignée à l’université de Fribourg et que j’ai suivie récemment. Plutôt qu’un nivellement qui se veut égalitaire où « c’est comme ça pour tout le monde », tenir compte des spécificités de chacun-e enrichit la vie.

 

 

 

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