Covid - un cri de désespoir

A notre Ministre de la santé et à notre Ministre de l’économie valaisans,


C’est pendant les guerres qu’on jetait les corps des morts dans les charniers. Pendant les épidémies aussi. Les vraies. Celles où on n’avait pas besoin de tests et qui n’étaient pas constituées de porteurs mais de gens malades, très malades, et qui mouraient.


En janvier 2017, tous – je dis bien tous – les lits hospitaliers du Valais romand étaient occupés, le site de Sion, en suroccupation, envoyait les patients à Sierre et à Montana, en raison de l’épidémie de grippe. On nous recommandait – souvenez-vous – de ne pas faire de sport d’hiver pour ne pas risquer de fractures et de venir ainsi augmenter encore le nombre de patients hospitaliers. La gestion des lits hospitaliers, par des personnes grassement payées, est une honte. La gestion des finances du système de santé est une honte. Pour diminuer les coûts, on a réduit drastiquement le nombre de lits et la durée des séjours et, dans un même temps, on a un taux incroyable d’examens radiologiques, dont un pourcentage considérable est totalement inutile. Pour autant qu’on se rende chez un médecin qui sait diagnostiquer, un de ces médecins de famille irremplaçables qui se font de plus en plus rares tant leurs charges ont augmenté, tant les caisses-maladies les enquiquinent à longueur de temps, avec demande de justification pour quasi tout et qui n’ont en revanche pas accru leurs revenus.


Le nombre de personnes testées positives augmente drastiquement. Le nombre de personnes hospitalisées augmente donc aussi, mais pas en suivant une courbe parallèle. Le nombre de morts reste insignifiant.


Nous sommes tombés dans une folie hygiéniste de société qui pense tout pouvoir maîtriser, y compris la mort. Et nous sacrifions les forces vives de ce pays, les créatifs, les petits entrepreneurs, les restaurateurs, tous ceux qui ont fait profession d’agrémenter la vie d’autrui en procurant du plaisir. Le plaisir, notamment, des relations sociales. Celles qui sont absolument essentielles à la vie. Enfin, à une vie digne de ce nom.


Savez-vous, Madame Weber-Kalbermatten, que la peau et le système nerveux se développent à partir d’un même bourgeon initial chez l’embryon ? Et qu’on pense ainsi que c’est la raison de l’effet calmant du toucher, ce qui est à l’origine de thérapies diverses, et que ce contact-là est si essentiel qu’un tout-petit qui en est privé ne se développe pas correctement. Le contact physique est aussi la dernière perception qui s’en va, juste avant la mort, et l’unique manière de communiquer vraiment avec des personnes affectées de démence sénile : les regarder, leur sourire, leur tenir la main, les masser lors de la toilette. Madame la Conseillère d’Etat, le service de la santé est-il à ce point en manque d’argent qu’il ne puisse pas fournir de masques aux proches, afin qu’ils égaient le quotidien de leur-s aîné-e-s ? Ces masques mêmes qui sont portés en salles de soins intensifs deviendraient-ils soudain inopérants lorsqu’on les revêt en EMS ?


Une société qui condamne à passer ses derniers jours seul-e, enfin loin de la proximité chaleureuse de sa famille, jusqu’à l’ultime moment où là, on aura droit à sa présence, une société qui empêche un groupe - la famille mais aussi les autres proches – de pleurer ensemble la personne décédée et de l’accompagner à sa dernière demeure n’est plus une société humaine, mais une société pervertie par l’informatisation et la technologisation, qui prétend que le contact humain n’est pas essentiel, mais remplaçable par le virtuel.


Monsieur Darbellay, vous qui représentez le Parti Démocrate Chrétien, avez-vous oublié de vous rendre récemment dans une église pour penser que d’y être à plus de dix, surtout masqués, serait dangereux, alors que d’être à mille dans un stade est admis ? Vous nous avez présenté les différentes mesures que vous nous imposez – le fait que l’application Social Pass puisse être obligatoire alors que Swiss Covid ne l’était pas, loi oblige, m’échappe un peu, de même que le fait de l’imposer à un moment où on ne peut plus assurer de tracking, en raison de l’augmentation de cas. Pour ma part, il me semble que le citoyen lambda est suffisamment responsable pour avertir lui-même ceux qu’il a côtoyés, s’il s’avère qu’il serait testé positif au Covid. La présentation des mesures aurait largement suffi, sans que vous ajoutiez, en fin de votre présentation, qu’il valait mieux sortir le moins possible.


Rassurez-vous, le rappel quotidien quasi hystérique, chaque soir au 19:30 et chaque jour dans le Nouvelliste, du nombre de « cas » (on parle donc de personnes testées positives, dont la grande majorité présentent des symptômes mineurs voire pas de symptômes du tout) dissuade tout un chacun de sortir. Ordonner la fermeture des restaurants à vingt-deux heures nous prive en outre de quasiment tous nos clients en soirée. Le nombre de quatre personnes par table nous prive des soupers d’entreprise, des anniversaires, fêtes de familles diverses, mariages. Pourquoi n’ordonnez-vous donc pas plutôt une fermeture totale ? Pour ne pas nous dédommager ?


Pour nous, il ne s’agit pas seulement de pouvoir payer nos employés – ce qui est partiellement assuré par les RHT – mais d’écouler les produits qu’un restaurant se doit de préparer, pour pouvoir offrir tous les mets qui se trouvent sur la carte. Je ne résiste pas à l’envie de vous en informer : aujourd’hui, un samedi, dans notre restaurant qui dispose en tout de 130 places, à quatre, nous avons fait… 95 francs.


Il y a, voyez-vous, des restaurants qui nourrissent à midi ceux qui doivent manger à l’extérieur et il y a ceux, comme le nôtre, qui sont plus festifs et dont la fréquentation est facultative.


La culpabilisation continue dont le citoyen lambda est victime, s’il n’est pas directement touché par le Covid, sert de prétexte à restreindre et imposer, à demander des sacrifices au petit peuple, d’une manière telle que d’exprimer le moindre désaccord s’apparente à un manque de solidarité et à une mise en danger d’autrui.


Et si on parlait de la solidarité avec ceux qui voient leurs projets de vie être remplacés par des faillites, de ceux auxquels on rappelle indirectement, depuis le début de l’année, combien leur profession est inutile, de ceux envahis par le désespoir ?


Mais de quoi me plaigné-je ? Le restaurant de mon époux se vide, mais ma pratique thérapeutique s’emplit, de plus en plus de gens anxieux, dépressifs ou suicidaires.


Je pense que nous pouvons faire mieux, beaucoup mieux, notamment en ciblant les mesures et en les rendant cohérentes. Vous ne pouvez pas continuer à sacrifier une partie de la population pour en sauver une autre.


Comme tant d’autres, nous avons fait preuve de toute la créativité possible, nous avons travaillé comme des forçats et, à l’heure actuelle, nous ne savons plus comment payer nos factures. Cela aussi, c’est indigne de notre société et vous avez beau jeu de nous rappeler sans cesse qu’il faut « faire des efforts ». En matière de solidarité aussi, on peut faire mieux !


Rassurez-vous, ni révolte ni soulèvement ne vous forceront à remettre en cause la prise en charge de la situation actuelle. Le peuple suisse est généralement soumis, obéissant, respectueux envers les autorités, mais surtout, il est actuellement terrorisé par les nouvelles alarmistes dont on nous bombarde depuis des mois et prêt à tout pour « échapper à la mort », cette mort présentée en continu comme l’issue possible d’un test positif, à un point tel que pour beaucoup elle en est l’issue probable.


Un clivage dans la population est en train de se créer, dont je crains qu’on ne se relèvera pas, une partie d’entre nous se sentant volontairement délaissés et négligés par les autres.


Peut-être bien que la définition de la santé n’est pas forcément corrélée à la durée de l’espérance de vie, mais plus à une approche globale de l’être humain, un être de relation. Peut-être bien qu’il serait temps de parler de prévention au sens large, celle qui préviendrait les maladies dites de civilisation et qui se retrouvent, comme comorbidités, quasiment chez la totalité des patients touchés par le Covid qui évoluent mal.


Peut-être serait-il temps d’avoir une vision, large et inspirante, à long terme, de notre santé et de nos rapports en société plus que de réagir au coup par coup, dans l’urgence, se disant surpris de ce qui ne pouvait qu’arriver, découlant quasi directement de notre mode de vie.


Je vous souhaite sincèrement de ne jamais vous retrouver étiquetés comme personnes dont la profession est inutile. Ce que vous faites en empêchant des centaines de personnes de travailler. Je vous souhaite sincèrement ne jamais vous retrouver dans la position de ceux pour lesquels on décide, « pour leur bien ». Ces vieux dans les foyers, qui ont mérité autre chose que de voir leur vie allongée et sa qualité diminuée, ceux qui, en équilibre instable entre réalité et délire, après un mois sans leurs proches, ne retrouveront plus leurs capacités.


Bien à vous,


Isabelle Vuistiner-Zuber, thérapeute et épouse de Pascal Vuistiner, restaurateur




Isabelle Vuistiner-Zuber  - cabinet de santé Equilibre

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