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Ma grève des femmes - 2023 - d'Italie

Ma grève des femmes 2023 – d’Italie


J’ai eu l’honneur, mais surtout le bonheur, d’être proche d’Elisabeth Bottani, née Crittin, belle-mère de ma sœur Anne. Toutes deux sont décédées l’an passé. L’allégeance féministe d’Anne (Bottani-Zuber) se lit tout au long de son premier roman, publié aux Editions de l’Aire, « Aline ou les cahiers de ma mère ».


Elisabeth a été députée suppléante socialiste au Grand Conseil valaisan. Plus tard, couturière de profession, Elisabeth a cousu le tablier dont a été vêtue nuitamment la Catherine de la Planta. Je pense spécialement à elle aujourd’hui.


Je suis aussi la fille de Simone Zuber, née Crettaz, première femme membre du comité sierrois du PDC, qui nous a élevées, ma sœur et moi, en nous répétant moult fois qu’il faudrait que le travail des femmes au foyer soit considéré comme un vrai travail, et rémunéré.


Petite-fille de Geneviève Crettaz, née Genoud, qui a élevé ses 5 enfants avec son époux Pierre, maîtresse femme s’il en est, qui travaillait la campagne et subvenait ainsi de manière importante aux besoins de sa famille, conteuse intarissable, curieuse avide de rencontres humaines, Geneviève est restée, sa vie durant, profondément choquée par le sort qu’on réservait, en Anniviers comme à tant d’autres endroits, en première moitié du 20ème siècle, aux femmes qui avaient l’infortune d’être mariée à un époux violent ainsi qu’aux filles mères. Ces récits-là, d’asservissement et de mépris envers les femmes, hantent encore parfois celles de mes nuits qui restent sans sommeil.


1980 – 2000 : j’ai souffert, comme tant d’autres femmes, d’endométriose, non diagnostiquée pendant de longues années, affection qui compromet la fertilité et est accompagnée de douleurs atroces. L’an passé, le Conseil fédéral n’a pas jugé bon d’encourager la recherche dans ce domaine.


2018 : je fonde un mouvement pour la coparentalité, dont je deviens la présidente. En tant que telle, je suis fréquemment contactée par des parents démunis lors des suites d’un divorce.

Depuis quelques mois, ces parents sont principalement des femmes.


2019 : contactée par une mère, je signale des actes sexuels à l’encontre d’une jeune enfant, dans un contexte d’inceste. L’enfant présente le tableau complet d’un enfant abusé, y compris dans son comportement. Elle est encore très jeune et donc son interrogatoire, qui a lieu en suivant une procédure qui contrevient de manière essentielle à ce que prévoit notre code de procédure pénale, n’amènera rien de très clair. Ni les photos, ni les vidéos de cette enfant ne seront pris en compte par le Ministère public, qui n’a même pas daigné en prendre connaissance. Les témoins cités ne seront pas interrogés. La mère passera quelques mois en prison, traitée d’hystérique et de folle, alors que maints rapports professionnels ont attesté du contraire.


2022 : Une jeune femme meurt sous les coups de couteau de son fils adolescent, souffrant de graves troubles psychiques. Comment est-il possible que cette mère n’ait jamais trouvé l’aide dont son fils, depuis son plus jeune âge, avait besoin ?


Toujours 2022 : ma sœur est morte chez elle, très probablement d’un arrêt cardiaque. Elle a vécu ses dernières semaines avec des symptômes pourtant parlants, mais que nul n’a identifiés. Les symptômes annonciateurs d’infarctus sont différents chez les femmes et chez les hommes. Ceux touchant les femmes sont moins connus et moins pris en compte.


Janvier 2023 : notre mouvement de coparentalité reçoit des demandes d’aide de mères démunies, les unes après les autres. Le tableau est toujours le même. Ces femmes sont déclarées cupides et demandant trop d’argent pour la pension de leurs enfants. Le père suggère que leurs compétences parentales seraient insuffisantes. Elles sont infantilisées, ridiculisées, ne reçoivent pas le soutien institutionnel requis et sont, toutes, victimes d’un harcèlement psychique destructeur, sous forme d’opposition et de remise en question systématique de tout ce dont elles estiment que leurs enfants ont besoin et de toute démarche de leur part pour répondre à ces besoins. J’espère que l’homme politique qui réclame urgemment CHF 2.50 à la mère de ses enfants se reconnaîtra. J’espère que celui qui s’oppose à tout traitement médical de ses enfants, dès lors que celui-ci fait suite à des demandes de la mère, se reconnaîtra également. Hasard ou non, tous ces hommes occupent des postes en vue, socialement. Ils ont l’argent, le pouvoir et l’influence pour poursuivre une réelle œuvre de destruction, quasiment toujours préalablement annoncée (« je te pourrirai la vie jusqu’au bout »), sans que rien ne se mette en place pour protéger ni les enfants ni la mère.


On apprend par les médias que le mois dernier, en mai 2023, une jeune femme douée, aimante, artiste et mère de famille finit par s’ôter la vie. Elle souffrait d’une dépression gravissime du post-partum, qui n’a pas été identifiée comme telle avec le sérieux requis et donc pas traitée comme il convenait qu’elle soit traitée. Apparemment, en 2023 encore, certains, y compris des professionnels, banalisent cette affection qui ne touche que les femmes.


Elles s’appellent Ana, Prisca, Fabienne, Carole, Priscilla, Anne, Justine, Emilie, Coralie, et toutes ont été ou sont victimes, d’une manière ou d’une autre, de violence. Y compris celle qui est véhiculée par notre société toujours en partie misogyne, non défendues par elle alors qu’elles ont font partie.


Nous sommes engagées, résilientes, fortes, intellectuellement brillantes. Nous réussissons mieux nos études. Ce sont les statistiques qui le disent. A l’heure actuelle, nous sommes toujours dévalorisées et non reconnues dans nos spécificités par une société dont les dirigeants restent en grande majorité des hommes, prônant des valeurs masculines, très éloignées de celles qui permettent le respect de soi et qui voient les émotions comme enrichissantes plutôt que problématiques. Ce n’est quasiment qu’en adoptant ces valeurs-là – compétitivité, agressivité, insensibilité émotionnelle – qu’une femme pourra être élue ou/et avancer socialement.


Nous sommes déconsidérées et, à ce jour encore, nous en mourons. Parfois sous les coups, souvent dans le mépris, régulièrement en difficulté économique et, de temps en temps, faute d’intérêt de la médecine pour ce qui, spécifiquement, nous affecte. La violence particulière qui a lieu à la suite d’un divorce, sous forme de harcèlement particulièrement destructeur, n’est pas décelée, pas reconnue et donc pas contrée par les institutions, y compris celle judiciaire.


C’est inacceptable, intolérable, funeste. Nous devons prendre un autre chemin. Nous lever et agir ensemble. Maintenant.


Pour une réelle égalité des sexes,

Isabelle Vuistiner, née Zuber




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